Si rien écrire était t'écrire je serais épistolière de ma douleur
Je fanerais aux saisons d'ivresse une bouteille dans le placard
Je dormirais sur mes seins étranglés chenus sous leur papier imputrescible
Je souperais au coin de table en m'invitant à mourir toutes les nuits
Si rien écrire était t'écrire je soignerais mes encres morbides
Je dessinerais des arbres incendiés où tu pendrais avant de brûler
J'esquisserais la Raison en forme de trou grignoté par son ennemie la Colère
Je contournerais la ville impatiemment tardive au rendez-vous des vacuités
Si rien écrire était t'écrire je jouerais à être un voyage de cercueil
Je grandirais dans le ciel sombre en ramant sous ses orages
Je m'arracherais à la tâche frontale bleue subsistant comme un cor étranger
J'écrirais sur le ventre de la tempête.......qu'elle te poursuive au bord de l'étang
Si rien écrire était t'écrire j'irais dormir près de toi sur l'eau étale de nos lacs
Je dormirais si bas que ta main instinctive remonterait sur toi mes lèvres ouvertes écarlates
J'irriguerais tout en longueur les arcs de ta peau palpitée
Je jouirais en silence mes fluides condensés en secondes de jet
Si rien écrire était t'écrire je n'existerais comme femme qu'à chaque mort renouvelée.