Tu dors avec l'ambition de grandir
De tremper ta jauge spirituelle dans le jus de l'histoire qui ne renonce pas à oublier
De te défaire de tes affres intimes qui te broient
Tu dors avec le corps d'un homme si las
D'un homme qui révère tes formes et méprise ton esprit
D'un homme creux qu'annule les heures distantes d'où tu le regarde s'effacer
Tu dors comme abrasée par la violence de l'instant où la nudité est une abjecte soustraction
Nue contre lui tu patines sous les draps
Nue contre lui tu rejettes les anciennes greffes de peaux
Nue contre lui tu rampes au bord de l'hiver
Nue contre lui tu replies ta chair que ses mains cherchent en vain à offrir en spectacle à ses repas
Tu dormiras bientôt libre de tes matins.