Le vif se souvient, c'était au recommencement des villes, la guerre avait cessé
Le ciel était bordé de craie et d'outremer ténor, les hommes respiraient
La vie avait remis les couverts du dimanche, les jardins flottaient dans les yeux incroyants
La société était revenu au temps des entreprises, des intentions communes
Le vif qui avait tout vu se retrouva assis pour longtemps sur la pierre
Il se souvient, c'était au temps des cheminées rompues, la guerre dévorait
Les hommes avaient marché tout le long du canal en sautant sur les mines
Par grappes de douzains ils s'envoyaient en l'air, on en rit aujourd'hui
Le vif cache ses larmes au fond de sa sacoche, il voudrait repartir
Vers la mort coutumière, vers le ruisseau des charriés, sur les plis de cadavres
Il recompte les morts du vingt sept mai, six mille quelques broquilles à l'avant du charnier
Il s'endort le vif, il ne sait pas parler la langue des orateurs, il s'entête à mourir.